Trois questions à Michel Dantin, député européen et président du Comité de bassin Rhône-Méditerranée

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Jeudi 28 juillet 2016

Trois questions à Michel Dantin, député européen et président du Comité de bassin Rhône-Méditerranée

Quels seraient les effets du changement climatique sur les bassins Rhône-Méditerranée ?

Selon les scientifiques, notre bassin sera le plus impacté par le changement climatique, avec un phénomène de réchauffement et de chute de précipitations au nord, et à l’inverse une augmentation de la pluviométrie au sud. Les populations constatent déjà certains signes de modification climatique. Par exemple, les alpagistes ont constaté une remontée de la flore de 150 mètres en moyenne. En 2014, sur le littoral, on n’a par ailleurs jamais eu une collection de données aussi extraordinaires sur des phénomènes liés au changement climatique. Ce dernier et ses effets sont certes encore incertains, mais les différents modèles et projections fournissent des résultats vérifiables dès à présent. Les prévisions datant de 15 ans commencent à se réaliser, comme la hausse de la pluviométrie et des températures. Il faut donc se servir de ces données pour communiquer et faire passer un message.

Quelles seront les grandes orientations et priorités de cette agence ?

A terme, l’AFB devrait devenir le centre de référence sur la question de la biodiversité. Le développement des connaissances est une priorité pour évaluer l’état de la biodiversité. A l’instar du domaine de l’eau, on a besoin de renforcer le dispositif de collecte de données et de mettre en place un programme de surveillance de la biodiversité, ou encore de soutenir la recherche. L’agence sera un véritable centre de ressources pour informer, former, mettre à disposition les méthodologies et outils, les bonnes pratiques ou le partage d’expériences. Il y a urgence à mobiliser les acteurs publics et privés contre la dégradation rapide de la biodiversité, ainsi que les citoyens via des programmes de sciences participatives de type « 65 millions d’observateurs ». Enfin, le partenariat avec les acteurs économiques renforcera leurs actions en faveur de la biodiversité et l’évolution de leurs pratiques. L’enjeu majeur dans les territoires sera de soutenir financièrement la mise en œuvre des stratégies de création et de gestion des aires protégées ou des schémas régionaux de cohérence écologique.

Quel est le but du plan d’adaptation au changement climatique dans le domaine de l’eau, lancé en 2011 et adopté en 2014 sur le bassin Rhône-Méditérranée ?

Première en France à l’échelle d’un bassin, ce plan est une boîte à outils pratique et propose un panel de mesures à l’ensemble des acteurs, gestionnaires, acteurs économiques et même particuliers. Se rendre moins vulnérable passe par des économies et la lutte contre les gaspillages, en aidant les collectivités à limiter les fuites, en incitant le changement de pratiques agricoles ou l’infiltration des eaux par les particuliers (ANC). Certaines de ces mesures influenceront le SDAGE actuellement en révision, et l’Agence de l’eau RMC incite déjà aux économies d’eau dans son 10e programme. Dans ce cadre, les actions mises en oeuvre en 2014 ont permis d’économiser 70 millions de m3 d’eau, soit pratiquement la consommation de Lyon. Pour construire ce plan et parvenir à définir ces mesures, un bilan des connaissances sur les impacts du changement climatique sur notre territoire et une étude de caractérisation des vulnérabilités ont été réalisés au préalable entre 2011 et 2013. Un collège scientifique ad hoc, présidé par Hervé Le Treut, climatologue de réputation mondiale et expert du Giec, a notamment participé à l’élaboration, en émettant des recommandations sur la synthèse des connaissances ainsi que sur les cartes de pression à établir.

Comment avez-vous réussi à définir les mesures du plan et obtenir un consensus large sur ces dernières, malgré les incertitudes inhérentes au changement climatique ?

Prendre des décisions, c’est toujours gérer une part d’incertitude. Il faut donc avoir la meilleure appréciation possible de cette incertitude basée sur des connaissances scientifiques à jour. En outre, il faut aussi avoir dès le départ une grande transparence sur la mesure et les données. La base du constat doit ainsi être partagée pour mettre en place des projets multipartenaires. Il est également nécessaire de fluidifier et de partager l’information, les scientifiques devant s’adresser aux décideurs politiques mais aussi à tout public (agriculteurs, particuliers…). Organisé par l’Onema en février 2015, le séminaire Eau et Climat a ainsi représenté un lieu d’échanges qui a permis de montrer la diversité des pratiques, de mutualiser les expériences et de favoriser la compréhension mutuelle entre scientifiques et élus. Mais pour diffuser le plus largement les savoir-faire et les bonnes pratiques, il faut surtout s’appuyer sur des relais convaincus, que sont par exemple les acteurs des politiques territoriales de l’eau.