Quatre questions à Gilbert Sam Yin Yang, directeur de l’Office de l’eau de La Réunion

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Jeudi 10 novembre 2016

Quatre questions à Gilbert Sam Yin Yang, directeur de l’Office de l’eau de La Réunion

Quelles sont les pressions spécifiques qui impactent les eaux réunionnaises et quels sont les grands enjeux du programme de mesures de La Réunion pour atteindre l’objectif de bon état des eaux ?

Les masses d’eau de La Réunion, dans leur majorité, doivent atteindre l’objectif de bon état pour 2021, une part d’entre elles l’ayant atteint dès 2015. Pour les masses d’eau superficielles, les dérogations pour l’atteinte des objectifs environnementaux sont liées aux conditions hydromorphologiques. Notamment, la présence de certains barrages ne permet pas d’assurer la continuité écologique des cours d’eau. La biodiversité réunionnaise est ainsi fortement impactée. La qualité des masses d’eau côtières est également impactée par les modifications hydromorphologiques imputables aux aménagements routiers mais aussi par les eaux de ruissellement issues des bassins versants marqués par la densité urbaine et l’irrigation agricole. Enfin, les eaux souterraines ont atteint majoritairement les objectifs de bon état en 2015, à l’exception de quelques aquifères de l’ouest de l’île en déséquilibre quantitatif.
 
Une part importante des montants financiers du programme de mesures concerne des mesures de réduction des pollutions dues aux rejets urbains et domestiques. La part majeure de travaux prévus sur la période 2016-2021 porte sur la réhabilitation de l’assainissement autonome puisque la remise à niveau des grands équipements d’assainissement collectif a été mise en œuvre sur la période précédente. Il reste encore à structurer les réseaux de collecte pour optimiser l’exploitation de ces équipements performants.
 
Comment anticipez-vous et préparez-vous actuellement le prochain état des lieux ?
 
L’exercice précédent de l’état des lieux a identifié des pistes d’amélioration : la consolidation des chroniques de données, notamment suite à l’élaboration des indicateurs de la qualité biologique des cours d’eau, ou le développement d’outils de mesure pertinents en eau côtière. L’évaluation a structuré la planification des actions à mettre en œuvre et les moyens à mobiliser au regard des enjeux et des pressions identifiés sur la période suivante : la poursuite de l’acquisition des données via les réseaux de suivi des eaux, la fiabilisation des indicateurs, la meilleure caractérisation des relations entre les indicateurs et les pressions exercées sur le milieu. Toutefois, l'appréciation de l'état des masses d’eau consacrera encore une part conséquente aux dires d'experts en l'absence d'outils d'évaluation adaptés, par exemple pour l'état biologique des plans d'eau de La Réunion. En outre, comme en 2013, nous précisons actuellement une répartition des rôles entre la Deal Réunion et l’Office qui vise en particulier la validation de l’état des lieux en 2019.
 
Quels sont les éventuels freins ou difficultés à la mise en œuvre de la DCE sur votre territoire ?

 
Depuis 10 ans, la démarche DCE a permis le développement d’un corpus méthodologique partagé entre équipes scientifiques et gestionnaires de bassin.
 
Cependant, les moyens à mobiliser sont conséquents pour adapter au territoire de La Réunion les normes qui sont pensées dans un environnement de type européen continental : ne serions-nous pas plus efficients si nous ajustions la caractérisation du bon potentiel écologique des masses d’eau de La Réunion ?
 
Le contexte réunionnais milite pour des ajustements de la DCE tant en termes de méthodes que de temps en rapport avec les conditions tropicales insulaires, l’insuffisance des capacités analytiques locales, la biodiversité encore à caractériser, la méconnaissance des conditions de référence.
 
La mise en place des plans d’actions pour la protection des captages se heurte au manque de mobilisation des maîtres d’ouvrages. Comment y remédier ?
 
Dans la suite du SDAGE 2010-2015, le SDAGE 2016-2021 identifie les captages sensibles aux pollutions diffuses et définit les programmes d’actions à mettre en œuvre sur tout ou partie de leurs aires d’alimentation. L’Office de l’eau Réunion a intégré cette dimension dans son programme d’aide financière en majorant le taux d’intervention par un bonus de +5 % lorsque les projets sont en lien avec ces captages. Mais l’émergence d’une réelle solution, au-delà de la gestion régalienne du sujet, se heurte à des difficultés telles que l’identification de la maîtrise d’ouvrage sur le territoire concerné, l’aire d’alimentation couvrant plusieurs périmètres communaux par exemple, ou l’appropriation par les acteurs de l’évolution des pratiques.
 
 

Interview issue de La Lettre #23 - Automne 2016