Populations de poissons : quelles évolutions temporelles ?

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Populations de poissons : quelles évolutions temporelles ?

Modifications des habitats, changement climatique, espèces invasives… Comment les populations de poissons de métropole évoluent-elles depuis 20 ans ? Lors du séminaire Biodiversité aquatique organisé par l’Onema en novembre 2012, plusieurs études ont exploité les suivis à long terme de l’Onema pour livrer des éléments de réponse.

Le séminaire national organisé par l’Onema a apporté un ensemble de connaissances nouvelles sur la biodiversité aquatique en France – des processus microbiens aux zones humides, de l’utilisation de l’ADN pour les inventaires au coût des invasions végétales. Différents travaux se sont intéressés aux dynamiques actuelles des populations de poissons d’eau douce, à partir des suivis réalisés à l’échelle nationale depuis 1978 par le Conseil supérieur de la pêche puis par l’Onema. Une étude sans précédent (N. Poulet, S. Demski, L. Beaulaton, Onema), basée sur un jeu de 7748 opérations de pêche pour la période 1990-2009, a ainsi permis de préciser les tendances temporelles pour 47 espèces. Les résultats montrent des évolutions contrastées mais plutôt positives. Dans 58% des stations étudiées, on rencontre davantage d’espèces aujourd’hui qu’il y a vingt ans. Pour 42% des espèces, l’occurrence moyenne (présence), a nettement augmenté depuis 1990. Elle s’est réduite pour seulement 11% d’entre elles. De même, la densité moyenne a progressé pour une grande majorité d’espèces.

Expansion des espèces introduites

Les espèces en fort développement sont souvent des espèces introduites – silure, aspe, pseudorasbora… C’est le cas en particulier du gobie demi-lune, du gobie à grosse tête et du gobie à taches noires : détectés pour la première fois dans le bassin du Rhin respectivement en 2007, 2010 et 2011, ils connaissent depuis une rapide extension – en particulier les deux derniers (S. Manné, N. Poulet et S. Dembski, Onema). À l’inverse, certains poissons natifs apparaissent en déclin. C’est le cas de la brème commune, de la tanche, de l’anguille ou de la truite commune. Plusieurs hypothèses explicatives peuvent être avancées – baisse de l’eutrophisation des cours d’eau pour la brême, régression des annexes fluviales pour la tanche. Pour poursuivre l’analyse, les tendances devront notamment être étudiées à différentes échelles spatiales (cours d’eau, bassin versant...), et complétées lorsque c’est possible par l’apport de données plus anciennes, à l’image de l’approche historique menée (S. Beslagique, Irstea) pour retracer l’évolution des populations de poissons de la Seine depuis la fin du XIXe siècle.

Aires de répartition : une réponse au changement climatique ?

Toujours à partir des données bancarisées par l’Onema, une autre étude (L. Comte, Univ. Toulouse III) s’est intéressée aux évolutions récentes des aires de répartition des poissons, en lien avec l’évolution du climat sur les 30 dernières années. Une analyse en présence-absence des espèces a été menée sur quelque 9000 stations, entre deux périodes au climat distinct : l’une "froide" (1980-1992) et "chaude" (2003-2009). La comparaison des aires de répartition révèle de fortes divergences selon les espèces. Par exemple, la truite commune tend à disparaître aux marges de sa distribution initiale, tandis que le barbeau méridional apparaît aux marges de la sienne. Pour la plupart des espèces, l’étude met en évidence une remontée en altitude – comme si les poissons tendaient à "suivre" leur niche climatique, mais à des vitesses largement inférieures à l’amplitude des changements climatique. Cette analyse débouche sur de nombreuses questions. Le déplacement s’accompagne-t-il d’évolutions dans les stratégies de reproduction, de l’alimentation, de la taille ? Comment les espèces feront-elles face aux changements climatiques à venir ? Des éléments de réponse ont apporté, dans le cas des migrateurs amphihalins, par plusieurs travaux de modélisation présentés lors du séminaire. Ces travaux riches d’enseignements témoignent de la valeur des données acquises sur le long terme par l’Onema pour la connaissance et la restauration de la biodiversité aquatique. Le suivi national est complété localement par des programmes approfondis : c’est le cas des observations systématiques menées depuis 1984 sur les salmonidés migrateurs de la Bresle (G. Euzenat, F. Fournel, Onema) montrant, p. ex., une chute de la survie marine du saumon, ou du dispositif exceptionnel déployé depuis 1974 sur le lac Léman décrivant les modifications de la dynamique des communautés phytoplanctoniques dues au changement climatique et entrainant l’explosion des populations de corégones (D. Gerdeaux, INRA). Comprendre la biodiversité aquatique, c’est d’abord l’observer dans la durée.

Pour en savoir plus sur le séminaire

Contact : nicolas.poulet@onema.fr

Septembre 2013
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