Pouvons-nous encore sauver l’alose ?

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Mercredi 03 août 2016

Pouvons-nous encore sauver l’alose ?

De nombreux scientifiques et acteurs de l’environnement se sont réunis les 14 et 15 octobre 2015 à Bergerac (Dordogne) pour un colloque de restitution des résultats du projet Life + Alose. Ce colloque a permis de restituer les résultats du programme 2011-2015 et a mis en lumière les succès et les échecs de ce projet, avec également des présentations de contextes et retours d’expériences étrangers.

 L’aventure de la préservation de l’alose, poisson migrateur en danger

Poisson emblématique du bassin Garonne-Gironde-Dordogne, l’alose est un migrateur qui effectue sa croissance en mer et remonte en rivière pour se reproduire, comme le saumon. A l’origine, les populations d’aloses se distribuaient sur toute la façade occidentale de l’Europe mais l’espèce a très fortement régressé. Les principales causes de ce déclin ? Les ouvrages sur les cours d’eau entravant leurs migrations, la surpêche, la dégradation de la qualité des habitats liée à la pollution, à l’extraction des granulats et à l’altération du transit sédimentaire. En France, l’alose reste encore présente sur la Dordogne, la Garonne, l’Adour, la Loire et quelques fleuves côtiers mais ces populations sont de moins en moins nombreuses.
Plus à l’est, sur le Rhin, la population de grande alose n’a pas survécu à ces pressions, et a disparu dans les années 1930. Cependant, depuis quelques années, la qualité de l’eau du fleuve ainsi que les habitats se sont suffisamment améliorés pour envisager le retour de cette espèce. En 2007, le programme Life Alose a été lancé afin de réintroduire l’alose sur le Rhin à partir de la population de Gironde-Garonne-Dordogne. En 2011, à la suite de ce 1er programme, le Life+ Alose a été mis en place afin de poursuivre cette action de repeuplement et de réaliser en plus des actions pour améliorer la connaissance sur cette espèce dans l’axe Gironde-Garonne-Dordogne.
 

 5 années de programme : des résultats en demi-teinte

En réunissant plus d’une centaine de personnes, scientifiques, fédérations de pêches, services de l’Etat, agences de l’eau, Onema, associations, partenaires internationaux, le colloque intitulé « l’étude, la restauration et la gestion de l’alose » a conclu les 5 années de programme Life +. Il a été organisé par l’établissement public territorial de bassin, Epidor, avec le soutien financier et l’aide logistique de la direction interrégionale de l’Onema, à Toulouse.

Les premières conclusions du programme montrent qu’il est en partie réussi sur l’action « repeuplement » d’aloses sur le Rhin. Environ 11 millions de larves de grandes aloses ont été produites en écloserie et lâchées dans le Rhin. En 2014, 150 aloses adultes ont été observées en montaison ainsi que des reproductions naturelles. Une perspective d’un rétablissement durable.

Cependant, un autre constat bien plus négatif et sans appel est fait sur l’axe Gironde-Garonne-Dordogne. Une régression de la population est notable : au milieu des années 1990, 700 000 aloses remontaient la Garonne et la Dordogne, aujourd’hui, elles ne sont plus que 5 à 10 000. Une des causes mise en avant est la difficulté à passer les ouvrages très présents sur les 2 axes (Mauzac, Tuilières, Bergerac, Golfech …), même lorsqu’ils comportent des passes à poissons. Ces rencontres ont permis de constater que le bassin de la Dordogne n’est pas le seul à voir ses populations déclinées et que la grande majorité des populations mondiales d’aloses sont en difficulté.

 Quel est l’état de connaissance ?

Si le constat est unanime, le « pourquoi » reste à déterminer et les solutions restent encore à trouver. Sur l’état des connaissances, le colloque a fait le point, tout d’abord, sur les problèmes à la migration. Par exemple, des bouchons vaseux qui se forment dans les estuaires et empêchent ainsi le déplacement des poissons. En 2011 et 2012, une étude basée sur la télémétrie acoustique a montré que la migration est perturbée par des épisodes d’anoxie ou d’hypoxie. Ensuite, la dégradation des habitats et des lieux de reproduction est aussi à prendre en compte. Ainsi, sur la Dordogne, le suivi de la reproduction de l’alose est réalisé depuis 2003 et des modèles hydrauliques ont permis de montrer que l’alose avait des zones préférentielles de dépôts des œufs sur le fond des cours d’eau en aval des frayères. Or, avec des déplacements de graviers et le blocage des sédiments au droit des barrages, ces zones sont de moins en moins nombreuses. Le manque de continuité des cours d’eau est aussi une des causes majeures de la disparition de l’alose, les barrages bloquant le flux migratoire. Un bilan des connaissances a été produit lors du colloque sur les dispositifs de franchissement aux Etats-Unis et sur la Dordogne. Les différentes passes à poissons que ce soit en France ou aux Etat-Unis sont peu adaptées. Dans le cas des Etats-Unis, des enseignements ont été tirées sur la conception des entrées des dispositifs et leur attractivité pour l’alose. Enfin, il a également évoqué la hausse de température de l’eau due en partie au réchauffement climatique qui finit de mettre en péril l’espèce.

Les manques de connaissances sur certains aspects (succès de la reproduction, survie en mer…) ont également été évoqués. A l’opposé, de nouveaux outils améliorent les connaissances sur cette espèce, par exemple la génétique et l’étude des otolithes permettent de mieux appréhender les relations entre les différentes populations.

 Des solutions en réflexion

Alors désormais se pose la question des solutions. Il ressort que les axes de gestion doivent impérativement porter sur tous les facteurs qui expliquent aujourd’hui la situation dramatique de l’alose (surpêche, obstacles à la migration, dégradation des habitats...) et que le repeuplement peut y être associé. Des retours d’expériences de restauration à l’international ont été mis en avant la seconde journée. Ainsi, a été présenté le cas de la rivière Susquehanna longue d’environ 715 km et qui se jette dans la baie de Chesapeake dans l’océan Atlantique Nord. Règlementation de la pêche, amélioration des habitats, construction de passes à poissons et ensemencements de juvéniles en amont des barrages sont les quatre points prioritaires mis en œuvre pour restaurer l’alose. Autre exemple, celui du projet Life Alose Severn dans l’estuaire de la Severn (Grande-Bretagne). Pour rendre la rivière navigable, 253 kilomètres de rivière ont été rendus inaccessibles pour les aloses. L’objectif du projet est de restaurer la connectivité sur la rivière passant de 265 kilomètres à 518 kilomètres de rivière accessible et ainsi d’accroitre de 185% la quantité d’habitats disponibles pour la reproduction de l’alose.

Sur la Dordogne, en particulier, quelques solutions sont envisagées à l’issue du colloque comme la nécessité d’améliorer l’efficacité des passes à poissons, quitte à en créer de nouvelles car seulement 10% des aloses arrivent à les traverser. La limitation des variations de débits pendant les lâchers d’eau et l’arrêt de turbinage à certaines périodes ont été proposés dans la négociation avec EDF pour les trois barrages très impliqués de Mauzac, Tuilières et Bergerac.

 

Pour en savoir plus

Vous trouverez très bientôt toutes les présentations du colloque ainsi qu’un résumé des échanges sur le site : www.lifealose2015.com ou www.alosa-alosa.eu

Le programme LIFE+ Alose a été mené par le LANUV (Office national pour la nature, l’environnement et la protection des consommateurs de Rhénanie-Westphalie), MIGADO (Association Migrateurs Garonne-Dordogne), l’Onema (Office National de l’Eau des Milieux Aquatiques), IRSTEA (Institut de Recherche en Sciences et Technologies pour l’Environnement et l’Agriculture), EPIDOR (Etablissement Public du Bassin de la Dordogne) et le SMEAG (Syndicat Mixte d’Etudes et d’Aménagement de la Garonne). Ce colloque a été organisé par ces partenaires avec le concours de la Fédération de pêche de Dordogne et la Communauté d’Agglomération Bergeracoise.

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