La Lettre #22 Pourquoi monétariser les services rendus par les zones humides ?

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Vendredi 29 juillet 2016

La Lettre #22 Pourquoi monétariser les services rendus par les zones humides ?

Les récents débats autour de projets d’aménagement suscitant des controverses (aéroport Notre-Dame-des-Landes, barrage de Sivens, forêt de Chambaran…) ont mis sur le devant de la scène les enjeux associés à la préservation des zones humides. Régulièrement, des voix s’élèvent pour rappeler que les dégâts générés par les inondations sont amplifiés par la disparition des zones humides. Mais les discussions sont trop souvent réduites à une opposition entre développement économique et protection de la nature. L’évaluation économique des services rendus par les zones humides a un rôle à jouer pour alimenter le débat public, démontrant que ces milieux sont une source de richesse économique.


 

Évaluer les services rendus

Depuis plusieurs années, il semble acquis que les zones humides en bon état de fonctionnement rendent d’importants services à l’Homme. Les catégorisations issues des réflexions sur les « services écosystémiques » soulignent leur intérêt. Dans le sillage des travaux du Millenium Ecosystem Assessment (MEA), un programme piloté par les Nations Unies en 2001-2005 et regroupant plus de 1 000 experts, quatre grands types de services rendus par les écosystèmes ont été mis en lumière : les services d’approvisionnement (fourniture de bois, énergie, ressources médicinales…), les services de régulation (notamment de l’eau et du climat), les services culturels et, enfin, ceux permettant la production des trois autres, les services d’auto-entretien.
Depuis lors, de multiples études tentent d’évaluer monétairement ces services, prêtant toujours une attention forte aux zones humides à l’échelle nationale, notamment les travaux du Commissariat général au développement durable (CGDD) « Évaluer les bénéfices issus d’un changement d’état des eaux » en 2014 et le projet en cours d’évaluation française des écosystèmes et des services écosystémiques (EFESE). Parallèlement, des études sont menées à l’échelle locale, comme celles conduites par le Commissariat général au développement durable sur la plaine alluviale de la Bassée en 2012 ou par l’Agence de l’eau Loire-Bretagne sur 7 types de zones humides dans son bassin.

S’accorder sur la méthode

Pour autant, traduire en euros les services que les zones humides rendent à la société est loin d’être simple. Préalable indispensable, la connaissance de ces milieux et des usages associés reste parfois approximative. Et surtout, de nombreuses questions se posent sur la manière d’évaluer les services : comment éviter de comptabiliser plusieurs fois certains services ? Comment prendre en compte l’évolution de l’état de conservation des zones humides, sachant que le niveau des services rendus dépend de la qualité de ces milieux naturels ? Quelle méthode d’évaluation monétaire adopter ? Comment déterminer les bénéficiaires des services associés ?... Les choix méthodologiques conditionnant les résultats des évaluations, l’un des principaux enjeux devient de les harmoniser.

Jusqu’où aller dans la monétarisation ?

La monétarisation correspond souvent à l’étape la plus attendue dans ces réflexions. À titre d’exemple, les services rendus par 1 ha des zones humides de la Bassée ont été évalués à au moins 1 300 - 6 700 €/an en 2010. Dégrader ces espaces revient donc, pour la société, à se passer d’une partie de ce « revenu annuel ». Assurément, au coeur du débat public, de tels chiffres soulignent la valeur de la préservation de ces milieux aquatiques et ont le mérite de montrer que la destruction des zones humides a un coût pour les hommes… L’hypothèse qui sous-tend la plupart des évaluations monétaires est qu’elles pourraient conduire à rééquilibrer les arbitrages en faveur de la protection de l’environnement. Néanmoins, cellesci doivent être utilisées avec mesure et précaution. Il serait dommage qu’elles amènent à ne préserver que les seules zones humides « rentables » et utiles à l’Homme. D’autres valeurs ne doivent-elles pas nous pousser à préserver les zones humides ?
 

  Contacts :

julien.gauthey@onema.fr 
pierre.caessteker@onema.fr

 

Lettre #22 - Spécial Economie et eau - hiver 2015-2016

Pour en savoir plus

 

 Evaluer les services écologiques des milieux aquatiques : Enjeux scientifiques, politiques et opérationnels

Dans le contexte des changements climatiques et de l’érosion de la biodiversité, le concept de services écologiques s’est rapidement imposé dans le débat politique. L’objectif de bon état écologique, assigné par la directive cadre européenne publiée en 2000, a impulsé une dynamique forte autour de la préservation et la restauration des milieux aquatiques. Dès lors, les services écologiques produits par les milieux aquatiques font aujourd’hui l’objet d’un intérêt croissant de la part des gestionnaires de l’eau et, plus généralement, des acteurs de la société concernés par la qualité et la gestion durable de ces milieux.

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Collection "Comprendre pour agir" - Décembre 2011
 



 Les élus et la restauration des zones humides