Lettre #22 Editorial

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Vendredi 29 juillet 2016

Lettre #22 Editorial

Depuis 15 ans, la directive-cadre sur l’eau (DCE) a introduit l’approche économique comme un levier de la mise en oeuvre de la politique de l’eau. Elle invite les États membres à utiliser les analyses économiques pour mettre en oeuvre des actions de préservation les plus efficaces qui optimisent les dépenses publiques et qui prennent en compte les enjeux économiques dans l’objectif de mener une politique de développement durable. Ainsi, des motifs économiques, tels que des coûts disproportionnés associés à des opérations de restauration des milieux aquatiques, peuvent justifier des dérogations aux obligations européennes. Ces analyses permettent également aux gestionnaires de s’assurer que le prix payé par les différents utilisateurs de la ressource en eau couvre bien les coûts induits par leurs usages et respecte ainsi le principe pollueur-payeur.

L’utilisation concrète de cette approche économique dans le secteur de l’eau est encore largement susceptible d’évolutions et de progrès, mais la DCE créée d’ores et déjà les conditions d’un dialogue constructif et fructueux. De la même manière que les arguments économiques vis-à-vis du changement climatique ont conduit à un changement de posture de la communauté internationale, l’expression de la « valeur de ressources naturelles préservées » dans un langage économique peut favoriser un changement de point de vue en faveur de la protection de l’eau et des milieux aquatiques. Donner de la valeur à l’environnement permet de souligner l’importance de sa préservation, faciliter des arbitrages en matière de décision et hiérarchiser des plans d’action.

Bien sûr, la préservation de l’environnement répond à des enjeux et des valeurs qui ne se réduisent pas à leur intérêt économique. Au-delà de la vision instrumentale de l’eau et des milieux aquatiques – tourisme, navigation, hydroélectricité, irrigation, alimentation en eau potable… –, nos rivières, nos lacs, nos littoraux ou encore nos eaux souterraines ont une valeur patrimoniale pour nos concitoyens à l’instar de notre patrimoine culturel. Néanmoins, là encore, exprimer dans le langage de l’économie l’attachement, et même très souvent la dépendance, des hommes à l’eau et aux milieux aquatiques peut faciliter l’appropriation sociale des enjeux associés aux actions de préservation et protection des milieux.

Ce numéro de la lettre vous présente des exemples d’études financées ou valorisées par l’Onema. Ils témoignent de l’intérêt des analyses économiques pour évaluer l’opportunité d’engager des projets ou de définir des mesures à mettre en oeuvre en priorité. Ils illustrent également la façon dont l’évaluation monétaire des bénéfices ou des coûts évités liés à la préservation des eaux souterraines ou des zones humides peut aider les gestionnaires de l’eau à mieux légitimer des actions de préservation.
Paul Michelet, 
Directeur général de l’Onema

 

issu de La Lettre #22 - Spécial Economie et eau - hiver 2015-2016