Le diagnostic hydromorphologique des cours d’eau s’étend à l’outre-mer

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Le diagnostic hydromorphologique des cours d’eau s’étend à l’outre-mer

Après la métropole, l’outre-mer bénéficie désormais de la mise en œuvre de la méthode Carhyce (caractérisation de l’hydromorphologie des cours d’eau) qui permet de diagnostiquer l’état de l’hydromorphologie des cours d’eau. Son déploiement en outre-mer vient compléter le référentiel hydromorphologique ultramarin qui permet, quant à lui, de déterminer un risque d’altération du cours d’eau.

Pour la faune et la flore de nos cours d’eau, la vie n’est vraiment pas un long fleuve tranquille. Même si le fonctionnement des rivières évolue sous les contraintes naturelles, il subit depuis plus d’un siècle des pressions liées aux activités humaines de plus en plus fortes, pouvant l’altérer. Les révolutions industrielles et agricoles, ainsi que les différentes politiques d’aménagement du territoire, ont en effet conduit à modifier considérablement la structure des paysages et les contraintes auxquelles sont soumises nos rivières et, par conséquent, leur hydrologie et leur fonctionnement physique. Pour en comprendre les effets, préserver les cours d’eau ou encore définir des actions de restauration efficaces, la Directive-cadre sur l’eau (DCE) impose désormais la prise en compte des caractéristiques hydromorphologiques des cours d’eau (hydrologie, morphologie et dynamique fluviales, structure des berges, équilibre sédimentaire) dans l’évaluation de l’état écologique des eaux de surface. Un vaste chantier dans lequel s’est engagé l’Onema aux côtés de nombreux partenaires.

Carhyce s’adapte à l’outre-mer

Initié en 2009 en métropole, le protocole de terrain Carhyce permet de recueillir de manière standardisée et objective des informations telles que la géométrie ou encore le débit du cours d’eau, le degré de colmatage de son lit, la végétation des berges, ou la présence d’habitats adaptés aux espèces aquatiques. Cette méthode donne une image fidèle du fonctionnement du cours d’eau à un instant donné et pour une station donnée. Aujourd’hui, plus de 1 600 stations sont couvertes en métropole dont une large partie couvre les stations des réseaux de contrôle fixés dans le cadre de la DCE. Certaines de ces stations serviront à définir un fonctionnement hydromorphologique dit « de référence », à partir duquel il sera possible de calculer, pour d’autres stations, un écart à cette référence, comparable à un indicateur du niveau d’altération de ces stations.

La banque de données Carhyce, désormais robuste, permet de se concentrer sur la définition de cet indicateur par différents modèles statistiques. Il reste toutefois à travailler sur l’interprétation des nombreuses données acquises pour pouvoir les confronter et comparer ainsi l’évolution du fonctionnement hydromorphologique des cours d’eau au fil des années. Cette mise au point d’indicateur et de modèles statistiques se construit de façon très active dans les départements d’outre-mer dans le cadre d’une collaboration de l’Onema avec le CNRS et les partenaires locaux.

Des contraintes spécifiques à prendre en compte

Pour accompagner le déploiement du protocole de terrain respectivement à Mayotte, en Guyane, à la Réunion et en Guadeloupe, les délégations Onema Centre-Poitou-Charentes, Nord-Est, Rhône-Alpes et Sud-Ouest ont mobilisé leurs agents lors de missions de 10 jours. En amont, le CNRS avait également organisé des missions de reconnaissance. En effet, sur ces territoires, les contraintes naturelles spécifiques (climat, géologie, relief) associées à celles liées aux activités humaines (déforestation, usages et occupation des sols) doivent être prises en compte pour mettre au point des modèles statistiques pertinents et robustes. Sur l’île de la Réunion par exemple, l’enclavement de certains cours d’eau dans des reliefs élevés et peu mobiles, combiné aux fortes pentes,induit lors de fortes perturbations une montée des eaux importante et rapide. Ces cours d’eau acquièrent alors des forces d’arrachement très importantes. Les phénomènes d’érosion naturels de ces cours d’eau, qui s’écoulent sur des matériaux volcaniques faiblement cohésifs, s’accentuent alors. L’île de Mayotte est, quant à elle, davantage marquée par l’empreinte humaine, cela depuis des siècles ; il est difficile de trouver, sur un aussi petit territoire, un cours d’eau de référence dont le fonctionnement n’est pas modifié par l’activité humaine.

Les agents de l’Onema et les chercheurs du CNRS ont ainsi pu partager les bases techniques de la méthode Carhyce avec les équipes locales composées de partenaires institutionnels tels que les offices de l’eau et les directions de l’environnement, de l’aménagement et du logement. Ils ont, d’autre part, pu mettre en oeuvre le protocole sur des stations des réseaux de contrôle DCE. Les premiers résultats issus de cette collecte de données et des travaux de recherche devraient être connus d’ici à fin 2016.

Le référentiel hydromorphologique ultramarin

Finalisé en septembre 2014, le référentiel hydromorphologique ultramarin vise à caractériser, à différentes échelles spatiales, latérales et longitudinales, les pressions liées aux activités humaines susceptibles d’induire des modifications du fonctionnement des cours d’eau, et ainsi de dégrader la qualité des habitats pour les espèces qui y vivent. Adapté du système relationnel d’audit de l’hydromorphologie métropolitain, il repose sur la valorisation de couches de données géographiques à l’échelle même du bassin versant en prenant en compte le fonctionnement naturel des cours d’eau. Il présente une approche prédictive permettant d’obtenir une cartographie des multiples pressions exercées sur le cours d’eau et de déterminer, par probabilités, un risque d’altération du cours d’eau. Pour le gestionnaire ayant naturellement une vision focalisée sur les abords de son cours d’eau, ce système d’analyse permet de dépasser l’échelle de perception humaine, aboutissant à une gestion parfaitement intégrée à l’échelle de son territoire. Couplé à Carhyce, il permet de repositionner, en associant une évaluation des risques portant sur celui-ci, le fonctionnement du cours d’eau et des communautés biologiques dans les contraintes naturelles et anthropiques locales.

Contact : karl.kreutzenberger@onema.fr

Décembre 2015
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