Le 1er janvier 2017, l’Onema, l’Agence des aires marines protégées, Parcs nationaux de France et l’Atelier technique des espaces naturels regroupent leurs compétences pour fonder l’Agence française pour la biodiversité. Les ressources techniques et scientifiques continuent à être mises à jour.

Salmonidés migrateurs, un suivi de longue durée pour améliorer la connaissance de ces espèces

Salmonidés migrateurs, un suivi de longue durée pour améliorer la connaissance de ces espèces

Sur la Bresle, un suivi scientifique du saumon et de la truite de mer est réalisé depuis plus de 30 ans. Cette impressionnante série de données chronologiques fournit de précieuses informations sur les caractéristiques, le fonctionnement et l’évolution des stocks de ces deux espèces.

Le saumon atlantique

Depuis 1982, l’Onema réalise le suivi scientifique des populations de salmonidés migrateurs sur la Bresle. Ce petit fleuve du bassin Seine-Normandie fait partie des quatre rivières-ateliers françaises sur la thématique des migrateurs (aspects qualitatifs, quantitatifs et fonctionnels), avec la particularité intéressante d’un travail conjoint sur les deux espèces, le saumon et la truite de mer.

Au niveau mondial, les données démographiques sur la truite de mer sont encore très rares, (une dizaine de sites à peine). Sur ce cours d’eau, deux systèmes de piégeage complémentaires capturent les poissons aux deux étapes charnières de leur cycle biologique : montée en rivière des adultes, descente vers la mer des juvéniles.

L’objectif de ce travail, auquel s’est associé l’EPTB Bresle depuis 2006, est de caractériser les populations, d’observer les évolutions sur le moyen et long terme, de comprendre les mécanismes et d’identifier les facteurs limitants, parmi lesquels les pressions anthropiques et le changement climatique. Les données obtenues viennent appuyer la gestion des stocks, « et ont contribué par exemple à définir les Totaux Autorisés de Capture pour les saumons et à libéraliser les pratiques de la pêche de la truite de mer », précise Françoise Fournel de l’Onema.

Une évolution des populations sur trois décennies

Disposer de trente ans de données sur le saumon et la truite de mer est rare, et apporte une contribution précieuse à la connaissance de ces deux espèces. Première observation, la truite de mer est largement dominante sur la Bresle avec des effectifs onze fois supérieurs en moyenne à ceux du saumon (1640 contre 148). Si ces travaux ont montré des caractéristiques et des cycles de vie assez voisins, ils ont aussi révélé des stratégies démographiques sensiblement différentes avec toujours une survie en eau douce meilleure pour le saumon (facteur 5 à 6), et une survie en mer toujours meilleure pour la truite de mer (facteur 4).

Truites de mer

De nombreuses évolutions sont également observées sur la période, qui concernent aussi bien les effectifs, les structures de taille et d’âge que les périodes de migration :

  • augmentation de la population de truites de mer, affaissement de la population de saumon dans les années 90, avec retour aux niveaux antérieurs depuis une dizaine d’années ;
  • tendance marquée à la diminution de la taille et de l’âge des poissons des deux espèces ;
  • décalage de la saison de montaison pour les deux espèces, qui était davantage chevauchante dans les années 80. 90 % des truites effectuent ainsi leur montaison pendant la période estivale, alors que la période tend à être de plus en plus tardive pour le saumon.

 

Des phénomènes difficiles à expliquer

Pour ces évolutions marquées, de nombreux facteurs peuvent être impliqués, comme des modifications de l’environnement marin pouvant affecter la survie en mer, ou une succession de printemps secs dans les années 2000 qui aurait pu améliorer la survie des alevins au sortir des frayères. Le décalage de la saison de montaison s’expliquerait par exemple par le réchauffement climatique, qui éloignerait les zones en mer propices au développement de ces espèces. « C’est juste une hypothèse qui doit être vérifiée auprès des autres équipes afin de voir si ce phénomène est juste local ou global », indique Françoise Fournel. Il est en effet assez difficile d’identifier précisément les causes, ces phénomènes complexes résultant vraisemblablement d’antagonismes et/ou de synergies que nous ne cernons encore qu’imparfaitement. « La simple observation des faits exige déjà un travail important de caractérisation. L’identification des facteurs d’influence est une autre étape encore plus délicate », appuie Françoise Fournel. De plus, les effets du changement climatique, des pressions anthropiques sur les bassins versants ou encore les actions de restauration de continuité écologique mettent du temps à avoir des répercussions sur l’eau et la faune. D’où l’importance, en matière d’environnement, de mener et de maintenir ce type d’étude sur le long terme.

Contact : quentin.josset@afbiodiversite.fr

Novembre 2014