Plans d’eau : vers une évaluation intégrée

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Plans d’eau : vers une évaluation intégrée

Noms de code : Bavela, Corila, Charli ou Alber... Grâce aux travaux du pôle Onema/Irstea d’Aix-en-Provence, scientifiques et gestionnaires disposent désormais d’un ensemble de méthodes et de protocoles harmonisés pour décrire un plan d’eau et son environnement, et contribuer à l’évaluation de son état écologique. Toutes ces informations seront disponibles via de nouvelles bases de données, en cours de construction.

Quelles sont les limites du bassin versant d’un plan d’eau donné ? Quelle végétation pousse à proximité des rives ? Quels aménagements trouve-t-on sur les berges ? Et quels sédiments sur le fond ? Les réponses à ces questions, et à bien d’autres, seront disponibles d’ici 2014 sous forme de cartographies et de données homogènes, pour tous les plans d’eau français listés par la directive-cadre sur l’eau (DCE). Tel est le résultat de l’effort produit depuis 2010 par le pôle de recherche Onema/Irstea d’Aix-en-Provence, qui a développé et validé les outils nécessaires, désormais utilisables sur tout le territoire par les gestionnaires de l’eau. Par traitement des données géographiques disponibles – BD Alti ® IGN – le protocole Bavela (Bassins versants lacustres) permet d’abord de délimiter le bassin versant topographique d’un plan d’eau. Le SIG (Système d’information géographique) permet ensuite d’en extraire les caractéristiques morphologiques (superficie, périmètre, altitude moyenne...,), ainsi que les informations telles que le type d’occupation du sol, la densité de population, le surplus d’azote… Enfin un modèle hydrologique fournit, pour chaque système, des chroniques de la ressource mensuelle en eau de 1970 à 2008. Bavela a été appliqué en 2011 aux 473 plans d’eau DCE de métropole : les informations sont désormais validées et accessibles aux gestionnaires, en quelques clics. Également déployé en 2011, le protocole Corila décrit quant à lui les corridors rivulaires lacustres – bandes terrestres à proximité immédiate des berges. À partir de la BD TOPO® (base de données décrivant des éléments du paysage par thématiques), il fournit des informations de précision métrique sur le réseau routier et ferré, la présence de végétation, l’hydrographie, l’orographie. Une prochaine version intégrera une information sur le bâti.

Berges et fonds lacustres : cap sur le terrain


Exemple de cartographie de l’occupation du sol sur la zone rivulaire du lac de Sylans (Ain)

Deux autres protocoles, complémentaires, encadrent la collecte d’informations relatives aux rives du plan d’eau : Charli (caractérisation des habitats des rives et du littoral) et Alber (altérations des berges). L’un et l’autre se basent sur des séries d’orthophotos issues des bases de données de l’IGN, complétées par des reconnaissances in situ. Pour la phase de terrain, les techniciens utilisent une embarcation motorisée avec GPS. Ils renseignent, pour chaque section de rive, les caractéristiques des habitats rencontrés : types de substrats (vase, sable, graviers, galets…), de végétation, de sous-berge (Charli), et altérations d’origine anthropique des berges observées : présence d’enrochements, apport ou extraction de matière, digues, canalisations et autres équipements (Alber). L’ensemble des observations est ensuite bancarisé dans une base de données spatiales via un SIG. Près de 150 plans d’eau ont déjà été passés au crible d’Alber et Charli, par les équipes des délégations interrégionales de l’Onema ou par les agences de l’eau. D’autres campagnes s’intéresseront aussi bientôt aux types de substrats présents au fond du lac, cartographiés au moyen d’un échosondeur. Sur la base d’une synthèse des connaissances disponibles en hydroacoustique, les chercheurs de l’INRA de Thonon les Bains en collaboration avec le pôle Onema/Irstea, ont identifié les technologies les plus adaptées sur le marché, et précisé leurs conditions d’utilisation.

Des bassins versants aux fonds lacustres, l’ensemble des données issues de ces différents outils sera bancarisé fin 2014 – et pourra notamment servir à la définition des mesures DCE prévues en 2015. En parallèle, il reste une étape essentielle à franchir pour le pôle Onema/Irstea : l’intégration de toutes ces informations au sein d’un outil de diagnostic unique. Les équipes travaillent depuis fin 2011 à la modélisation des liens entre biologie et hydromorphologie, aux échelles emboîtées du bassin versant, du corridor rivulaire, des berges et des fonds. Objectif : construire une méthode d’évaluation globale et quantifiée du niveau d’altération d’un plan d’eau, de ses causes et de ses effets. Un défi scientifique, et une attente majeure pour les gestionnaires.

Gestion du transport solide en rivière

Rochers, cailloux, galets, graviers et sables transitent dans les cours d’eau au gré des crues. Elément majeur de l’équilibre hydromorphologique et écologique de la rivière, ces alluvions ont également une fonction essentielle pour les populations aquatiques ou rivulaires. Un déficit de ces sédiments peut être à l’origine de nombreux dysfonctionnements observés aujourd’hui sur les cours d’eau français. C’est pourquoi le bon fonctionnement du transport sédimentaire est désormais inscrit comme un objectif fort dans les textes juridiques encadrant la gestion de l’eau et des milieux aquatiques.

En 2011, l’Onema a publié « Eléments de connaissance pour la gestion du transport solide en rivière »*, deuxième ouvrage de la collection « Comprendre pour agir ». Cet ouvrage est à la fois une synthèse de l’état des connaissances concernant le transport solide et un guide pour aider à en améliorer la gestion.

Un séminaire technique de 3 jours sur la gestion du transport sédimentaire en rivière a eu lieu à Toulouse. Une cinquantaine de personnes issues d’universités, d’organismes de recherche ou de services techniques de l’État se sont réunies afin de faire un point technique sur l’état de la connaissance des processus de transport solide en rivière et discuter les priorités d’action à conduire en termes de recherche et développement. Le programme et la synthèse des échanges sont accessibles sur le site de l’Onema.

* Auteurs : J.R. Malavoi, C.C. Garnier, N. Landon, A. Recking, Ph. Baran

Contacts :
veronique.nicolas@onema.fr
christine.argillier@irstea.fr
jean-marc.baudoin@onema.fr

Septembre 2012
Les temps forts 2011