Le 1er janvier 2017, l’Onema, l’Agence des aires marines protégées, Parcs nationaux de France et l’Atelier technique des espaces naturels regroupent leurs compétences pour fonder l’Agence française pour la biodiversité. Les ressources techniques et scientifiques continuent à être mises à jour.

Sauvegarde de l’anguille : comprendre et réduire les impacts des ouvrages

Sauvegarde de l’anguille : comprendre et réduire les impacts des ouvrages

Trois années durant, le programme de recherche-développement « anguilles-ouvrages » a réuni l’Onema, l’Ademe et les producteurs d’hydroélectricité à travers 18 actions de recherche. À l’arrivée : des éléments précieux pour évaluer les impacts des ouvrages sur l’espèce, et un éventail d’outils et de solutions techniques en vue de la reconstitution des stocks.

Près trois décennies de déclin, l’anguille européenne fait l’objet depuis 2007 d’un plan national de sauvegarde qui agit sur l’ensemble de ses facteurs de mortalité : pollution et dégradation des habitats, surpêche, turbinage et obstacles à la migration. C’est pour progresser sur ces derniers points qu’a été mené, de 2009 à 2011, le programme de recherche-développement « anguilles-ouvrages » : un ensemble d’actions de recherche associant l’Onema, l’Ademe, la Compagnie nationale du Rhône, EDF, France Hydro Électricité, GDF Suez et la Société hydroélectrique du Midi. Un premier axe de travail a concerné la migration de montaison, déterminante pour la colonisation des milieux d’eau douce. Dès la zone estuarienne, les jeunes anguilles font face à de nombreux ouvrages : portes à flots, vannes, écluses... Une action (Onema/Irstea/Unima) a permis de confirmer in situ l’efficacité d’ouvertures partielles des portes à flots, autorisant l’admission d’un volume limité d’eau salée. Une méthode de « marquage-recapture » a été mise en oeuvre (Onema/Irstea/Fédérations pour la pêche et la protection des milieux aquatiques de Gironde et de Charente-Maritime) sur différents ouvrages situés immédiatement en amont de la zone à marée : des civelles, porteuses d’une marque en élastomère, lâchées en aval des obstacles puis recapturées en amont, ont livré des informations sur leurs modalités de franchissement des obstacles et l’efficacité des rampes à brosses dédiées à leur montaison. Plus loin, les grands barrages peuvent aussi contrarier la migration. À l’usine EDF de Golfech, un dispositif innovant de passe à brosse, incluant un « bassin anti-retour », a été testé avec succès (Onema/EDF/Migado). En parallèle, les équipes ont mis au point un système automatique à résistivité pour la calibration des anguillettes parvenant au sommet de la passe.

Quels impacts à la dévalaison ?

Au terme de leur vie, les reproductrices repartent vers la mer et, au cours de la dévalaison, les turbines hydroélectriques peuvent entraîner des mortalités. Une action de marquage-recapture (EDF/CNR), complétée par une synthèse (Onema) de résultats existants, a permis de les quantifier pour les modèles du parc français : entre 5 et 10 % de mortalité pour les grandes turbines de basse chute, jusqu’à plus de 80 % pour certaines petites turbines. Pour estimer la mortalité induite par un ouvrage, reste à connaître la répartition des poissons entre les différentes voies de passage possibles (turbines, écluse, barrage, exutoires). Cela a été étudié (Onema/EDF), grâce à un suivi par radiotélémétrie, pour six ouvrages du gave de Pau. Les résultats ont montré un échappement majoritaire par les évacuateurs de crue (68% en moyenne). Ces connaissances ouvrent la voie à une évaluation des dommages cumulés à l’échelle d’un cours d’eau. Un modèle de diagnostic intégré, premier du genre, a été développé par l’Onema. Appliqué à un cours d’eau équipé de 26 ouvrages, il a calculé un taux global d’échappement compris entre 33 % et 66 % selon l’hydrologie des années.

Aménagements locaux et gestion du turbinage

Différents aménagements sont susceptibles de réduire les mortalités à l’échelle d’un ouvrage. La turbine à basse chute VLH a été testée sur la Moselle (MJ2-Ecogea) : un taux de mortalité proche de zéro a été confirmé. Pour les hautes chutes, une autre action (EDF) a contribué à l’industrialisation de la turbine ichtyocompatible Alden. En parallèle, une étude en canal expérimental a été menée (Institut P’) pour le dimensionnement et l’évaluation des pertes de charge de grilles de prises d’eau à faible espacement interbarreaux. Un dispositif de répulsion à infrasons, solution alternative pour interdire aux anguilles l’entrée des turbines, a également été testé (Onema/EDF/CNR) sur le gave de Pau. Sans succès : aucune incidence n’a été observée sur le comportement des poissons.

L’autre option pour réduire les mortalités consiste à suspendre le turbinage lors des pics de dévalaison. Différentes approches ont été testées pour anticiper ces derniers. L’utilisation d’un « biomoniteur » sur des anguilles captives (Université de Galway) a donné peu de résultats : les alarmes signalaient bien les pics, mais sans aucune anticipation possible. La mise en oeuvre d’une pêcherie expérimentale (EDF) s’est avérée plus concluante, mais reste coûteuse et limitée à certaines configurations d’écoulement. La perspective la plus prometteuse réside dans le développement de modèles prédictifs, à l’image de celui mis en oeuvre (MNHN/EDF) sur la Loire, qui relie 20 années d’historique de captures à différentes données : variations de débit, turbidité de l’eau, météorologie... Le modèle actuel prédit 80% des pics observés.

Vers une mise en oeuvre concertée

L’heure est maintenant au déploiement opérationnel. C’est par une mise en oeuvre concertée, entre les différents acteurs et aux différentes échelles de gestion, que les avancées de ce programme de recherche-développement pourront contribuer à la restauration des populations d’anguilles.

Contact : philippe.baran@onema.fr

Septembre 2012
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