Conservation de l’apron du Rhône : des signes encourageants

Bienvenue sur le portail technique "eau et milieux aquatiques" de l'Agence française pour la biodiversité.

Conservation de l’apron du Rhône : des signes encourageants

 

Les efforts déployés depuis près de vingt ans pour la conservation de l’apron du Rhône donnent des résultats modestes, mais bien réels. Lors du séminaire « Biodiversité aquatique » organisé par l’Onema, Pascal Roche, de la délégation régionale Rhône-Alpes a dressé le bilan des actions engagées et précisé les possibilités de restauration de l’espèce.

 

Danger critique d’extinction : c’est le statut de l’apron (Zingel asper) selon l’Union internationale de conservation de la nature (UICN). Aussi appelé "sorcier", ce poisson endémique du bassin du Rhône était présent au début du XXe siècle sur environ 2000 km de linéaire dans ce bassin. Aujourd’hui, il n’est plus signalé que sur quelques tronçons dans le Doubs suisse, la Loue, l’Ardèche, la Drôme, la Durance, le Buëch et le Verdon, pour un linéaire total de l’ordre de 300 km. Nageur médiocre, doté d’une faible fécondité, l’apron exige des habitats à morphologie naturelle avec une eau propre et, plutôt fraîche avec une température inférieure à 30°C. Les causes de son déclin sont connues : pollutions et extraction de granulats, ouvrages fragmentant l’habitat, baisse des débits d’étiage... L’espèce a fait l’objet de plans d’actions depuis 1994 : d’abord par la direction régionale de l’environnement Rhône-Alpes, puis avec le soutien de l’Onema dans le cadre des projets Life Nature 1 et 2.

La reconquête a commencé

En lien avec les recherches visant à une meilleure connaissance de l’espèce, des mesures concrètes ont été mises en œuvre, de l’aménagement des ouvrages aux réintroductions d’individus. Après le barrage de Saillans sur la Drôme, supprimé dès 1994, ou de Serre sur le Buëch, le barrage de Sainte Tulle (Durance) a été supprimé pendant les 2es Life apron. Huit passes à poissons ont été installées dans des tronçons habités par l’apron sur l’Ardèche, la Drôme et la Loue. Ces efforts se traduisent aujourd’hui par des résultats concrets. Ces dernières années, l’apron a recolonisé plusieurs kilomètres du linéaire ardéchois, à l’amont de Lanas et à l’aval de Vallon Pont d’Arc. Dans la passe à poissons de Quingey, sur la Loue, il est la seconde espèce la plus fréquemment observée. Des accroissements démographiques sont aussi attestés sur le Buëch.

2012-2017 : nouveau Plan national d’actions

Ces signes encourageants valident certains progrès accomplis dans la restauration de la continuité écologique et de la qualité de l’eau.et encouragent la poursuite des efforts car une marge d’amélioration existe encore. En revanche, de sérieuses inquiétudes subsistent : certaines populations isolées sont menacées à terme par leur trop faible diversité génétique, d’autres par la montée des températures estivales, C’est pourquoi, au-delà des mesures de décloisonnement et de restauration hydromorphologique à poursuivre mais pas toujours possible, les essais de soutien aux populations par repeuplement ou de translocation doivent se poursuivre pour intégrer cette double contrainte. Ainsi la Drôme, où l’apron avait quasiment disparu malgré des conditions à nouveau favorables, a bénéficié de l’apport d’individus de la Durance en 2006, puis de l’introduction d’alevins obtenus par reproduction ex-situ depuis 2008. Les efforts en faveur de l’apron se poursuivent dans le cadre du Plan national d’actions rédigé par le Conservatoire Rhône-Alpes des espaces naturels, avec l’appui technique de l’Onema, pour la période 2012-2017. Symbole fragile de l’équilibre de nos cours d’eau, le "sorcier" du Rhône est toujours en vie !

Contact : pascal.roche@onema.fr

Article issu de La Lettre #14 - janvier 2013