Barrage de Poutès, en Haute-Loire - une solution innovante

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Barrage de Poutès, en Haute-Loire - une solution innovante

Le 6 octobre dernier, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’écologie, a annoncé officiellement l’arasement partiel du barrage hydroélectrique de Poutès sur l’Allier. La solution retenue, qui met fin à plus de 20 années de polémiques autour du démantèlement de l’ouvrage, permettra la circulation des saumons tout en préservant 90% de la production hydroélectrique. L’ensemble du dispositif a été conçu par le centre d’ingénierie hydraulique d’EDF, avec les ingénieurs du pôle écohydraulique Onema-Cemagref-Imft* à Toulouse.

Construit à partir de 1939 et mis en service en 1941, dans les gorges de l’Allier, le complexe hydroélectrique de Poutès-Monistrol est toujours en activité. Le barrage de Poutès alimente la centrale hydroélectrique d’EDF de Monistrol et assure la production de 83 millions de kilowatts par heure, soit l’équivalent de la consommation annuelle du bassin du Puy-en-Velay (34 000 habitants).

Un impact sur la migration du saumon

D’une hauteur de 17 mètres et d’une longueur de 70 mètres, l’ouvrage constitue un obstacle majeur à la migration des saumons et à leur accès à 60% des frayères situées en amont. Malgré les efforts entrepris par EDF pour équiper l’ouvrage d’un dispositif de franchissement efficace, le barrage induit des retards à la migration et demeure infranchissable pour une fraction des saumons adultes.

 

A la dévalaison, l’impact est également important : les jeunes saumons, qui doivent rejoindre au plus vite l’océan, ont tendance à se perdre dans la retenue du barrage, longue de 3,5 kilomètres. Ce retard dans la migration peut leur être fatal, d’autant qu’ils deviennent alors la proie de prédateurs - truites et cormorans. La grande majorité (environ 90%) des jeunes saumons arrivant au barrage transitent sans dommage par l’exutoire de dévalaison, ceux transitant par les turbines (10%) subissant une mortalité d’environ 50%.

En juin 2010, alors qu’aucun accord n’avait pu être conclu sur l’avenir du barrage lors de la signature de la convention pour le développement d’une hydroélectricité durable, la ministre avait demandé à EDF d’étudier une solution alternative à l’effacement total. En donnant son accord pour la seconde solution proposée en juin 2011, la ministre a souligné qu’elle souhaitait « faire du barrage de Poutès le symbole de la réussite de l’hydroélectricité durable ».

Une solution innovante

L’ouvrage sera remplacé par un barrage de 4 mètres de haut, doté d’un clapet central qui pourra être abaissé totalement pour permettre à la fois le transit des sédiments et le franchissement des poissons en cas de besoin. Des aménagements seront réalisés pour la remontée du saumon – une passe à poissons à bassins successifs dont l’efficacité sera supérieure à 90% – et pour la dévalaison un exutoire de surface. La retenue ne fera plus qu’une centaine de mètres de longueur, évitant ainsi tout risque de stagnation et de retard de migration de dévalaison. Au niveau de la prise d’eau, l’installation d’une grille fine empêchera l’entrainement des juvéniles vers les turbines.

 

Le débit réservé, c’est-à-dire laissé en rivière, sera doublé pour atteindre 5 mètres cubes par seconde en moyenne, soit environ 30 % du débit moyen de la rivière, un niveau bien supérieur aux 10 % réglementaires.

Entièrement financée par EDF, cette solution permettra de maintenir 90 % de la production d’électricité actuelle. Elle est qualifiée « d’avancée majeure » par de nombreuses associations, des scientifiques et des élus pour qui « le compromis trouvé, conciliant énergie renouvelable et biodiversité est le fruit de l’intelligence collective en actes ».

* Institut de mécanique des fluides de Toulouse

Contacts :
michel.larinier@onema.fr
philippe.baran@onema.fr

Article issu de La Lettre #10 - décembre 2011