Médicaments dans les eaux : améliorer les connaissances pour la surveillance et l’évaluation des risques

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Médicaments dans les eaux : améliorer les connaissances pour la surveillance et l’évaluation des risques

Rejetés dans les milieux aquatiques, des résidus médicamenteux – hormones, antibiotiques, anti-inflammatoires, anticancéreux… – contaminent les eaux naturelles superficielles et souterraines ainsi que l’eau traitée destinée à la consommation humaine. Améliorer les connaissances, faire progresser la surveillance et l’évaluation des risques, réduire les contaminations du milieu sont autant d’enjeux autour desquels l’Onema mobilise les compétences et les expertises.

En France, des campagnes exploratoires de mesures de contamination ont été menées pour 76 composés pharmaceutiques. Après analyse des prélèvements effectués sur 141 sites, il s’avère qu’au moins un de ces composants est présent dans les eaux de surface de chaque site. Si près de 40 % des eaux souterraines ne sont contaminées par aucune des substances médicamenteuses recherchées, les résultats révèlent que les concentrations de résidus dans la grande majorité des compartiments aquatiques naturels est généralement proche de 10 nanogrammes par litre. Ces analyses in situ, effectuées dans le cadre du Plan national santé environnement, appellent à une meilleure connaissance des effets et des risques, tant à l’échelle nationale qu’européenne.

Améliorer la surveillance et l’évaluation des risques

Les 25 et 26 mai 2009, l’Onema a rassemblé, sous la double égide des ministères chargés de la santé et du développement durable, 80 spécialistes des secteurs de la santé et de l’environnement. Objectif : dresser un état des lieux et des besoins en matière de surveillance et d’évaluation des risques associés à la présence de résidus médicamenteux dans les milieux aquatiques.

 

Pour aboutir à une meilleure fiabilité des données et à une plus grande précision des évaluations de l’exposition et de la toxicité, les experts insistent sur la nécessité de standardiser les méthodes d’analyse et de développer des tests d’effets chroniques des mélanges de médicaments à faible concentration. L’identification des médicaments et l’investigation des compartiments aquatiques permettront ensuite d’acquérir de nouvelles connaissances et d’élaborer des stratégies de surveillance cohérentes, notamment par une mise en commun des approches sanitaires et environnementales.

Contribuer à l’élaboration du plan national

A l’issue du séminaire et sur la base de travaux qu’il a engagés avec les agences de l’eau, l’Onema a produit des recommandations pour l’élaboration du futur plan national sur les résidus de médicaments dans l’eau. Chargé de constituer un accompagnement scientifique à ce plan, l’Onema a élaboré un programme pour acquérir des données sur le terrain à travers une campagne d’études nationale sur des sites pilotes : cette campagne vise à mieux comprendre le transfert et le devenir de certaines molécules et, ainsi, à connaître les impacts des médicaments sur les milieux aquatiques. L’Onema a également répertorié les grandes lignes d’actions de recherche et développement à entreprendre.

Améliorer le traitement des eaux usées

La réduction des émissions de résidus médicamenteux dans les milieux aquatiques se trouvera confortée par l’amélioration des performances des systèmes d’assainissement collectif. L’Onema cofinance des projets de recherche en ce sens. Un premier projet, coordonné par le Cemagref, mené en collaboration avec Suez-environnement et l’Université de Bordeaux I, vise à améliorer la connaissance et la maîtrise de technologies de traitement des substances prioritaires et émergentes présentes dans les eaux usées et les boues urbaines. Ce projet devrait permettre d’orienter les meilleures solutions techniques.

Par ailleurs, d’un point de vue purement prospectif, l’Onema cofinance avec le Cemagref une étude technique pour identifier des matériaux (naturels ou artificiels) adsorbants qui proposent une alternative pour retenir les substances pharmaceutiques afin de permettre aux petites et moyennes collectivités de s’adapter à une évolution possible de la réglementation. Par exemple, la pouzzolane, l’apatite ou encore les coquilles broyées se révèlent être des matériaux peu coûteux et à haute capacité d’échange.

Contact : stephane.garnaud@onema.fr
pierre-francois.staub@onema.fr

Juillet 2010
Les temps forts 2009

Témoignages de partenaires

Luis Castillo \ Véolia

« Les polluants émergents, et notamment les substances pharmaceutiques (antibiotiques, analgésiques, bétabloquants, etc.) contenus dans l’eau sont au coeur de la problématique du traitement des eaux usées. Les recherches menées par Veolia se concentrent sur la réduction de leur impact environnemental et sanitaire. Pour ce faire, nous développons les technologies de traitement de demain tout en améliorant celles existantes ; et également des méthodes analytiques permettant d’évaluer l’efficacité des filières de traitement ainsi que les risques liés aux eaux usées. Afin de mieux évaluer les risques environnementaux et sanitaires, la mesure de l’effet biologique nous semble plus pertinente que d’analyser le nombre très important de produits pharmaceutiques. Ce travail de recherche est mené avec différents partenaires, des universités et des start-up spécialisées dans le développement de méthodes d’analyse des polluants émergents présents dans l’eau. »

Luis Castillo est expert de la thématique des polluants émergents dans l’environnement – Véolia.

Yves Lévi \ Conseil scientifique de l’Onema

« Réduire la micropollution des milieux aquatiques à un niveau de risque acceptable est de la responsabilité de chaque groupe d’acteurs : industriels, élus, consommateurs ou agriculteurs. Par exemple, pour les médicaments, il s’agit de développer la chimie verte, réduire les consommations sans nuire à la santé publique, et contrôler l’élimination des déchets et des effluents contaminés, industriels, urbains et d’élevages. Développer les méthodes et les outils pour identifier les dangers émergents, mesurer les niveaux d’exposition et évaluer leurs divers effets toxiques sont des priorités de recherche. Les risques liés à ces mélanges de polluants émergents en très faible concentration pourront ensuite être calculés et les niveaux d’acceptabilité définis. En parallèle, de nouvelles stratégies d’assainissement permettront de traiter les substances émergentes à un coût acceptable. Associer les compétences pluridisciplinaires permettra de calculer les risques environnementaux et sanitaires et de guider les politiques de gestion en vue de protéger la qualité des ressources, optimiser les filières de traitement en assainissement et produire l’eau potable. »

Yves Lévi est professeur à l’Université Paris Sud et président du groupe « Évaluation intégrée de la dynamique et de l’impact des polluants sur les ressources en eau et les milieux aquatiques » du conseil scientifique de l’Onema.