Lettre #23 : Protection des captages en outre-mer : une plus forte mobilisation des acteurs souhaitée

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Jeudi 10 novembre 2016

Lettre #23 : Protection des captages en outre-mer : une plus forte mobilisation des acteurs souhaitée

Face aux difficultés rencontrées pour la mise en œuvre des démarches de protection des captages d'eau potable en outre-mer, plusieurs constats ont été effectués, notamment les nécessités de davantage mobiliser les acteurs et prendre en compte les spécificités locales.


Pour des enjeux de santé publique, environnementaux et économiques, la protection de la ressource en eau, en particulier les captages d’eau potable, est primordiale dans les territoires d’outre-mer. Cette situation est d’autant plus vraie aux Antilles qui doivent gérer un héritage difficile en matière de sols pollués par les organochlorés comme le chlordécone. Même si la situation est encore disparate entre les DOM, de plus en plus de périmètres de protection de captage sont instaurés sur ces territoires. Ainsi, en Martinique, près de 80 % des ressources en eau bénéficient d’un périmètre de protection, soit une emprise au sol de 10 % de la surface du territoire. Mais quel que soit le DOM concerné, la mise en place d’un plan d’actions sur l’aire d’alimentation de captages, cruciale pour gérer au mieux la ressource et éviter certains conflits d’usage, reste relativement faible. Cette situation s’explique avant tout par une trop faible mobilisation des acteurs et des maîtres d’ouvrage. La protection de la ressource nécessite la construction d’un projet de territoire avec l’ensemble des acteurs. Un travail de concertation et de mobilisation est primordial pour la réussite du plan d’action.
 
L’enjeu de la mobilisation des maîtres d’ouvrage

Cela nécessite un portage assumé et volontaire de la part des maitres d’ouvrage, en charge de ces démarches. Bien que légitimes, les collectivités y sont souvent réticentes, notamment les petites structures, par manque de ressources techniques et d‘accompagnement politique. Cette faible mobilisation, dans les DOM comme en métropole, d’ailleurs, fait partie des principaux constats d’une étude nationale réalisée par l’Inra fin 2014[1]. Ainsi, à La Réunion, une délimitation et un diagnostic territorial sur cinq captages « Grenelle » ont été effectués par la Deal en 2010, mais aucune collectivité n’a souhaité prendre la maîtrise d’ouvrage et mettre en place un plan d’actions. En Martinique, même constat. « Alors même que l’Office de l’eau subventionne les études et les mesures sur le terrain, rien n’est réellement entrepris », a confirmé Loïc Mangeot, directeur adjoint de l’Office de l’eau de la Martinique.
 
Des besoins à combler

En outre-mer, la difficile mise en place des plans d’actions peut également être due, outre une procédure d’instruction des autorisations administratives longue, à des carences en termes de méthodologie. Si de nombreux outils existent, ils ne sont pas toujours utilisables dans le contexte des DOM. Un travail d’adaptation pour élargir le domaine d’utilisation des outils reste à faire pour mieux prendre en compte les spécificités locales. Cela concerne notamment l’appui à la mise en place de systèmes de cultures, l’appui à la réduction des transferts de polluants, le développement de techniques adaptées en assainissement non collectif, l’appui à la concertation et la mobilisation des acteurs, dont les dépositaires des différentes polices et en particulier les maires. Enfin, comme en métropole, l’acquisition de nouvelles connaissances, la diffusion de retours d’expériences et le développement d’outils de concertation sont attendus pour favoriser l’élaboration de plans. Des besoins auxquels le futur centre de ressources national « Captages » – actuellement en phase de construction –  tentera de répondre.
 
Contact : claire.billy@onema.fr
 
[1] Protection des captages contre les pollutions diffuses agricoles : diagnostic, démarches, acteurs et connaissances. Quelles perspectives pour un centre de ressources ?