Lettre #20 Bioindication : miroir de l’état des milieux

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Lettre #20 Bioindication : miroir de l’état des milieux

Évaluer l’état d’un milieu naturel par l’étude de ses communautés biologiques : c’est le principe des méthodes de bioindication, dont le développement génère un important effort de recherche partenariale dans le contexte de la directive cadre sur l’eau.

 
 
 

Dans un milieu naturel, l’état de la biodiversité locale (faune, flore) fournit de nombreuses indications sur le niveau de perturbation de l’écosystème. En particulier, il est possible de quantifier l’écart entre les peuplements observés in situ pour un groupe donné (poissons, invertébrés, algues…) et ceux qui seraient présents dans un milieu du même type, mais exempt de pressions.
"Cette idée est à la base des méthodes de bioindication, explique Yorick Reyjol, de l’Onema. " Elle a conduit au développement de nombreux outils pour l’évaluation des milieux."

Des exemples ? L’IBD (indice biologique diatomées), construit à partir des diatomées – des algues microscopiques – est sensible à la qualité chimique du milieu, tandis que l’IPR (indice poissons rivières), basé sur les peuplements piscicoles, reflète plutôt la qualité physique des cours d’eau et des habitats aquatiques.

De l’échantillonnage aux relations pressions/état

La construction de ces bioindicateurs demande d’abord un important travail de terrain. Des échantillonnages standardisés (prélèvement, identification et comptage des spécimens) doivent être menés sur un réseau étendu de stations présentant différents niveaux de dégradation – y compris des sites non perturbés qui définissent les "conditions de référence". En parallèle, on cherche à réaliser un inventaire des données relatives aux pressions, qu’elles soient de nature chimique ou hydromorphologique.

"Toutes ces données sont exploitées pour étudier statistiquement les relations entre pressions anthropiques et état des communautés, et identifier les paramètres biologiques qui répondent le mieux à une pression donnée, ou à un ensemble de pressions" , indique Yorick Reyjol.

De cette analyse découlent les règles de calcul qui permettront in fine d’attribuer une note et une classe d’état écologique à la masse d’eau évaluée.

Des outils-clés pour la directive cadre sur l’eau

Utilisés de longue date par la recherche en écologie, dans tout type de milieux (terrestres comme aquatiques), les bioindicateurs connaissent aujourd’hui un nouvel essor à la faveur de la directive cadre sur l’eau (DCE), qui en a fait les véritables "juges de paix" de l’évaluation écologique de l’état des milieux aquatiques. Pour chaque type de masse d’eau (cours d’eau, plans d’eau, eaux de transition, eaux côtières), la réglementation européenne demande aux États membres de développer plusieurs bioindicateurs, des micro-algues aux poissons.
"D’où un effort de recherche et développement considérable pour adapter les indices existants ou, à défaut, construire les outils nécessaires" , souligne Yorick Reyjol. En France, de nombreux projets ont ainsi été menés depuis la création de l’Onema, en partenariat avec les organismes de recherche comme Irstea ou l’Ifremer, ainsi qu’avec des universités. Alors que la plupart des outils attendus par la DCE sont aujourd’hui utilisés en routine pour l’évaluation des eaux de métropole, l’effort se poursuit pour doter les départements d’outre-mer d’outils de bioindication adaptés aux spécificités de leurs milieux, où les enjeux de biodiversité sont par ailleurs considérables.

 

Contact : yorick.reyjol@onema.fr