La Lettre #22 La réutilisation des eaux usées est-elle économiquement rentable ?

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Vendredi 29 juillet 2016

La Lettre #22 La réutilisation des eaux usées est-elle économiquement rentable ?

Les projets de réutilisation des eaux usées traitées sont-ils économiquement intéressant du point de vue de la société ? Pour répondre à cette question, Irstea et le bureau d’études Ecofilae ont mené des analyses économiques sur trois projets mis en oeuvre en France. Des analyses financées par l’Onema.










Dans un contexte de besoins croissants en eau, mais également d’adaptation au changement climatique, la disponibilité et la préservation de la ressource sont devenues des enjeux majeurs. La réutilisation des eaux usées apparaît alors comme une solution pour des usages de l’eau n’exigeant pas une qualité similaire à l’eau potable. En France, cette filière prometteuse a vu son développement ralentir, voire se stopper, en raison d’un cadre réglementaire reflétant des inquiétudes d’ordre sanitaire notamment. Conséquence, seulement quelques dizaines de projets de réutilisation des eaux usées ont vu le jour dans l’Hexagone, les premiers remontant à plusieurs décennies. Si la réutilisation des eaux usées permet a priori de préserver les ressources en eau et peut être une opération financièrement rentable pour certains acteurs privés, est-elle pour autant économiquement bénéfique pour la collectivité ? En d’autres termes, est-il certain que la collectivité dans son ensemble ait toujours intérêt à développer ce type de projet ?
 

Analyses coûts-bénéfices

Pour répondre à cette question, Irstea et Ecofilae ont lancé des analyses coûts-bénéfices sur des projets existants. Elles consistent à identifier les coûts et les bénéfices présents et futurs – une période de 30 ou 50 ans par exemple - supportés par une collectivité au sens large - porteurs du projet, usagers, financeurs, État – avec la mise en oeuvre d’un projet et à les comparer aux coûts et bénéfices d’une situation de référence où le projet n’est pas mis en oeuvre. Un projet est dit économiquement rentable si la collectivité dans son ensemble retire plus de bénéfices nets que sans projet. Les trois projets étudiés portaient respectivement sur un cas de réutilisation agricole des eaux usées d’une sucrerie et d’une station d’épuration des eaux usées près de Clermont-Ferrand, un cas d’arrosage de golf à partir d’une station d’épuration à Rhuys-Kerver (Morbihan) et un cas de multi-usage d’eaux usées traitées de la station de Sainte-Maxime (Var). Même si certains coûts et bénéfices sont moins aisés à évaluer, notamment ceux qui affectent l’environnement, ces analyses ont montré que pour la collectivité il était opportun d’un point de vue économique de mettre en oeuvre ces projets de réutilisation des eaux usées.

Conditions de « succès » identifiées

Plusieurs facteurs expliquent cette rentabilité économique. En premier lieu, la proximité géographique de la station d’épuration et des utilisateurs potentiels de l’eau réutilisée (agriculteurs, golf…) minimise les coûts d’investissement en matière de réseau de distribution. Ensuite, le coût de traitement prohibitif des eaux de la sucrerie ou la nécessité de satisfaire la croissance de la demande future en eau potable à Sainte-Maxime compte tenu des projets de développement urbain, ont contribué à rendre économiquement intéressants ces projets. Enfin, troisième condition de succès repérée, l’existence de liens contractuels entre les fournisseurs des services de réutilisation des eaux usées et les usagers. Ainsi, à Rhuys-Kerver, le propriétaire du golf est une filiale de la Saur, laquelle exploite la station d’épuration. À Clermont-Ferrand, les agriculteurs qui ont vu leurs rendements sécurisés produisent en partie des betteraves transformées dans la sucrerie. Ce travail a aussi mis en lumière le fait que, dans certains cas, les acteurs qui supportent les coûts du projet de réutilisation des eaux usées ne sont pas ceux qui en tirent le plus de bénéfices. Les analyses économiques peuvent donc aider à chercher des solutions financières de compensation (tarifications, modulation de subventions) pour se rapprocher de solutions gagnant / gagnant et obtenir une certaine équité dans la répartition du bénéfice collectif. Ce sera sûrement le cas dans le Morbihan où le golf est le principal bénéficiaire, alors que les porteurs du projet et les financeurs supportent un coût net.
 

  Contacts :

sebastien.loubier@irstea.fr 
julien.gauthey@onema.fr 
remi.declercq@ecofilae.fr  

 

Lettre #22 - Spécial Economie et eau - hiver 2015-2016