La Lettre #22 Comment rendre visible les bénéfices liés à la préservation des eaux souterraines ?

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Vendredi 29 juillet 2016

La Lettre #22 Comment rendre visible les bénéfices liés à la préservation des eaux souterraines ?

Pouvoir légitimer des actions de préservation des eaux souterraines n’est pas aisé, tant les bénéfices attendus demeurent souvent invisibles. Évaluer monétairement ces bénéfices avec la méthode des coûts évités peut aider les gestionnaires de l’eau à les rendre tangibles et plus parlants.



Production naturelle d’eau de qualité, distribution naturelle d’eau sur un territoire, alimentation des écosystèmes de surface associés, assurance contre le risque de sécheresse ou de pollutions selon les contextes… Les eaux souterraines assurent de nombreuses fonctions et nous rendent de multiples services, aujourd’hui menacés par la surexploitation et la pollution. Pour autant, les acteurs locaux et décideurs publics peinent à convaincre lorsqu’il s’agit de mettre en oeuvre des actions de préservation des eaux souterraines. En effet, au regard des coûts de ces actions, les objectifs de bon état des eaux fixés par la directive-cadre sur l’eau (DCE) et la description des bénéfices attendus de ces actions - parfois incertains et lointains - demeurent peu audibles. Dans ce cadre, pouvoir s’appuyer sur des évaluations économiques, telle que la méthode des coûts évités pour le secteur de l’eau potable, peut être utile. Cette dernière permet d’exprimer en termes monétaires une partie des bénéfices à attendre des actions de protection et facilite ainsi leur comparaison avec les coûts de mise en oeuvre des actions.


Deux principaux types de coûts
 

La méthode des coûts évités consiste à évaluer les coûts supportés par les usagers directs de la ressource en eau souterraine (service d’eau, consommateurs d’eau potable) du fait de la dégradation de son état. D’autres méthodes permettant d’appréhender d’autres bénéfices pour la société existent, néanmoins celle-ci est la plus simple à mettre en oeuvre puisqu’il s’agit de sommer les coûts qui auraient pu être évités si la ressource avait été préservée. Deux types de coûts peuvent être mis en évidence. Les premiers sont associés à la stratégie choisie par le service d’eau potable pour continuer à délivrer une eau de qualité : réalisation d’un nouveau captage, mobilisation d’une ressource alternative et installation d’une unité de traitement... En 2011, l’Agence de l’eau Seine-Normandie estimait ainsi que le coût lié au seul traitement des nitrates pour la potabilisation s’élevait à 0,31 € par m3 sur le bassin. Rapporté à la consommation journalière moyenne de la ville de Paris par exemple, cela représente un coût d’environ 160 000 €* par jour. Au niveau national, selon les contextes et les stratégies retenus, les coûts varient entre 0,02 et 1,02 € par m3 produit, soit au maximum 525 000 € par jour pour une ville comme Paris. Les seconds types de coûts à considérer sont associés aux comportements d’évitement des consommateurs dus à une perte de confiance dans la qualité de l’eau délivrée au robinet. En 2013, la dépense liée à ces comportements était estimée entre 151 et 366 € par an par ménage concerné par l’achat d’eau en bouteille (4 à 30 % des ménages), et entre 61 et 257 € par ménage concerné par l’achat de systèmes de traitement, filtres ou carafes.


Exemple de la nappe d’Alsace
 

Entre 2002 et 2006, le BRGM a mené une étude pour estimer les coûts passés associés à la non-préservation de la nappe d’Alsace sur une période de 15 ans. Près d’un tiers des collectivités produisant de l’eau potable à partir de cette nappe ont été concernées par une pollution des captages par les nitrates et/ou les pesticides sur cette période. La pollution a généré une dépense totale de 26,5 millions d’euros pour les services d’eau potable, conduisant à une augmentation de la facture d’eau de 30 € par an pour un ménage de quatre personnes, à laquelle s’ajoute 14,3 millions d’euros liés aux comportements d’évitement. Des chiffres et des données, dont les acteurs ont parfois peu conscience, mais qui soulignent également des transferts de coûts non négligeables puisque le secteur de l’eau potable et in fine les consommateurs supportent des coûts dont ils n’ont pas la responsabilité.
* Sur la base de 515 000 m3 par jour.
 

  Contacts :

julien.gauthey@onema.fr
 

 

Lettre #22 - Spécial Economie et eau - hiver 2015-2016

 

Pour en savoir plus
 Retour sur le séminaire "Pourquoi et comment préserver les eaux souterraines pour leur rôle d’assurance"

 


La surveillance des milieux aquatiques et des eaux souterraines
n°8 - Août 2013
 

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