UNE CARTOGRAPHIE DES RISQUES D’ALTÉRATION HYDROMORPHOLOGIQUES
Interview de partenaires
Laurent Valette / Cemagref
La méthode Syrah d’évaluation du risque d’altération hydromorphologique des cours d’eau repose sur une analyse à deux échelles, le bassin versant (atlas large échelle) et le tronçon pour en obtenir une vision globale...
Olivier Thibault / Agence de l’eau Artois Picardie
Une analyse des altérations hydromorphologiques a été réalisée dans chaque bassin lors de l’état des lieux en 2004, mais selon des méthodes très différentes. Avec Syrah, nous aurons désormais une approche initiale homogène sur l’ensemble du territoire...

En partenariat avec les agences de l’eau et avec l’appui scientifique et technique de son pôle « hydroécologie » commun avec le Cemagref à Lyon, l’Onema dresse une cartographie des zones à risque d’altérations hydromorphologiques susceptibles de constituer un risque de non atteinte du bon état écologique. Cette cartographie, qui repose sur la méthodologie Syrah, vise à identifier les zones où une attention particulière doit être portée. Elle contribuera, en 2013, à la révision de l’état des lieux requis par la DCE.
Un atlas à l’échelle nationale
Quelles sont, en France, les zones à risque d’altération hydromorphologique des cours d’eau susceptibles de conduire à une dégradation de l’état écologique ? Afin de les identifier, les chercheurs du Cemagref ont conçu la méthode SYRAH (SYstème Relationnel d’Audit de l’Hydro-morphologie). Elle repose sur l’analyse des aménagements et des usages à l’origine de ces altérations, sur près de 230 000 kilomètres de cours d’eau, au sein des sept bassins hydrographiques métropolitains.
Ce balayage est réalisé à partir de cartes numériques et de données issues de bases nationales élaborées par de nombreux partenaires tels que l’IGN et l’Inra. De nombreuses pressions anthropiques ont ainsi été évaluées, telles que celles liées aux activités économiques (cultures intensives, extraction de granulats, barrages et plans d’eau…), aux types d’occupation des sols et à certains phénomènes particuliers comme l’érosion. Ce travail a abouti à la réalisation d’un atlas de 18 cartes, utilisables à l’échelle du bassin versant. Ces cartes sont regroupées selon les types d’altération de processus de fonctionnement physique des cours d’eau : flux solides, flux liquides et morphologie.
Un atlas à l’échelle du tronçon
Les chercheurs ont développé une méthodologie pour évaluer le risque d’altération hydromorphologique à une échelle plus fine, c’est-à-dire à l’échelle du tronçon géomorphologique. Près de 230 000 km de cours d’eau métropolitains ont ainsi été découpés en 69 500 tronçons, chaque tronçon étant un linéaire de cours d’eau présentant des caractéristiques géomorphologiques similaires.
A chaque tronçon a été attribué un type de fonctionnement de cours d’eau. En effet, les pressions n’ayant pas le même impact selon le type de fonctionnement géomorphologique d’un cours d’eau, le risque d’altération est différent. Ainsi, un ouvrage aura un impact moindre sur un cours d’eau dynamique et pentu de montagne que sur un cours d’eau plus lentique de plaine. Les chercheurs proposent donc de croiser, sur chaque tronçon, les informations sur la présence de pressions – voie de communication, digue, plan d’eau, gravière, pont… - avec les données de typologie du cours d’eau sur lequel elles s’exercent.
L’analyse du risque d’altération s’accompagne de la mise en œuvre par les agents de l’Onema du protocole national standardisé de terrain Carhyce qui permet de mesurer finement, à l’échelle d’une station, les caractéristiques physiques du cours d’eau. Déployé en 2009 sur 230 stations du réseau de contrôle et de surveillance (RCS), les premiers résultats obtenus en 2010 montrent la pertinence des données recueillies : les relevés réalisés ont permis d’établir un lien étroit entre les caractéristiques hydromorphologiques des cours d’eau et les peuplements biologiques, en particulier le rôle de la dynamique sédimentaire et des corridors rivulaires dans les réponses biologiques. Ce travail exploratoire initial se poursuivra en 2011 par le développement d’indicateurs hydromorphologiques pour le programme de surveillance. Ce travail est mené conjointement avec l’Université Paris I et le Cemagref. Il sera finalisé en 2013 afin de disposer d’ici 2015 des indicateurs calculés pour chacune des 1 500 stations du réseau de surveillance DCE.
Contacts :
jean-marc.baudoin@onema.fr
laurent.valette@cemagref.fr
Apporter aux acteurs de l’eau les connaissances nécessaires en hydromorphologie fluviale pour guider les actions de gestion et de restauration des cours d’eau, tel est l’objectif de l’ouvrage Éléments d’hydromorphologie fluviale publié par l’Onema. Jean-René Malavoi* et Jean-Paul Bravard**, auteurs de l’ouvrage, dévoilent l’extrême complexité des phénomènes mis en jeu dans la « fabrication » des cours d’eau. Ils explicitent les caractéristiques géomorphologiques d’un cours d’eau, qui vont conditionner les grands types d’habitat pour les espèces aquatiques et terrestres qui en dépendent. Cet ouvrage rassemble quelque 400 illustrations combinant photographies et schémas.
*Jean-René Malavoi est contributeur aux travaux du pôle Onema/Cemagref de Lyon
** professeur émérite de géographie à l’Université Lumière-Lyon 2