RÉSIDUS DE MÉDICAMENTS DANS L’EAU - FAIRE PROGRESSER LES CONNAISSANCES ET ORGANISER LA SURVEILLANCE
Résidus de médicaments dans l’eau - Faire progresser les connaissances et organiser la surveillance.
La surveillance des résidus médicamenteux dans nos milieux aquatiques et l’évaluation du risque pour l’environnement et la santé humaine étaient au cœur du séminaire organisé par l’Onema les 25 et 26 mai derniers à Paris. Près de 80 spécialistes de la santé et de l’environnement sont venus partager leur expertise. L’objectif ? Jeter les bases d’un programme d’actions concerté pour faire progresser les connaissances et contribuer à l’élaboration du futur plan national interministériel sur les résidus de médicaments dans l’eau.
Durant deux jours, des chercheurs, des acteurs de la politique de l’eau, des experts des agences sanitaires et environnementales et des industriels du médicament et du traitement de l’eau se sont réunis à Paris pour dresser un état des lieux et des besoins en matière de surveillance et d’évaluation des risques associés à la présence de résidus médicamenteux dans les milieux aquatiques. L’analyse d’une trentaine d’études menées en France ces dix dernières années dans le cadre du plan national santé environnement confirme la présence, à l’état de traces (nanogramme par litre), de résidus médicamenteux – hormones, antibiotiques, anti inflammatoires, anticancéreux … - dans la grande majorité des compartiments aquatiques naturels, surtout dans les eaux de surface mais aussi dans les eaux souterraines. L’origine de cette contamination des milieux ? Principalement, les eaux usées domestiques, les stations de traitement ne constituant pas souvent une barrière efficace pour l’élimination de ces résidus. Ainsi les petits hydrosystèmes sont potentiellement vulnérables du fait de la faible dilution des rejets et de systèmes de traitement des eaux usées moins avancés.

Difficile pour autant d’établir un diagnostic car les données sont limitées et pas toujours extrapolables : 25% des études concernent seulement dix molécules, peu de données existent sur la présence des produits de dégradation des composés pharmaceutiques et sur celle des médicaments vétérinaires. Ces substances présentes à faible dose sont-elles toxiques pour les écosystèmes aquatiques ? Les experts s’interrogent. Si certains effets ont pu être démontrés en laboratoire, les résultats doivent être validés sur le terrain. Or les méthodes et outils pour évaluer cette toxicité in situ font défaut. Les experts déplorent notamment l’absence de tests d’effets chroniques des mélanges de substances à faible concentration.
Tout au long de ces deux journées, l’Onema a collecté les propositions émises afin d’améliorer les connaissances. Des recommandations ont ainsi été formulées à l’issue du séminaire et présentées au Conseil scientifique national de l’eau et des milieux aquatiques. Avec ses partenaires, l’Onema produira très prochainement un document stratégique pour contribuer à l’élaboration du volet « Connaissances » du futur plan national sur les résidus médicamenteux dans l’eau. Il devrait promouvoir l’organisation d’un programme interdisciplinaire de suivi des résidus dans l’environnement aquatique, comprenant à la fois des objectifs opérationnels à court terme et des actions de recherche et développement à mettre en œuvre pour améliorer l’évaluation des risques.
Contact : pierre-francois.staub@onema.fr
Les recommandations du séminaire
Améliorer la connaissance des substances dans l’eau
Dégager et faire évoluer les critères pour définir les substances à suivre en priorité
Sélectionner un échantillon représentatif de sites d’études
Optimiser et intercalibrer les techniques d’analyse
Engager des campagnes d’analyse ciblées pour compléter les connaissances existantes
Connaître et maîtriser la contamination des ressources en eaux utilisées pour la production d’eau potable
Examiner la valorisation des techniques innovantes pour le suivi et l’analyse de substances
Les besoins de recherche
Faire progresser les outils de simulation du transfert des résidus médicamenteux
Mettre au point des tests d’effets chroniques adaptés (mélange de substances à faible concentration, bioaccumulation, potentialisation des effets)
Développer des indicateurs biologiques permettant de diagnostiquer la présence dans l’environnement de ces résidus et d’évaluer leurs effets
Définir des seuils toxicologiques
Développer des outils bioanalytiques
Étudier la possible relation entre la présence de résidus d’antibiotiques et l’apparition d’une antibiorésistance.
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