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TÉMOIGNAGE DE LUC ABBADIE

Questions à Luc Abbadie, Président du conseil scientifique de l’eau et des milieux aquatiques, Directeur du laboratoire « Biogéochimie et écologie des systèmes continentaux » (CNRS/ENS/INRA) à l’Ecole normale supérieure, Paris

Vous présidez le conseil scientifique de l’eau et des milieux aquatiques animé par l’Onema, pouvez-vous nous le présenter ?

Notre conseil scientifique compte 24 membres d’origines variées : les disciplines sont à peu près toutes représentées et si le secteur de la recherche publique y est plus important en effectif, le conseil compte également des experts provenant de divers horizons professionnels du secteur de l’eau. La finalité du conseil scientifique me paraît être à l’image du positionnement de l’Onema et de son identité. Il s’agit pour nous de renforcer le partenariat entre la science et l’action, de veiller à ce que la recherche apporte des réponses à des questions majeures tout en garantissant son indépendance et sa capacité d’innovation. L’Onema nous a doté de moyens pour assurer une efficacité maximale du conseil, depuis la formulation de questions et de préoccupations jusqu’à la mise en œuvre de recommandations. Par action, nous entendons la formation, l’information et le transfert de connaissances nouvelles vers les acteurs de l’eau, les appels d’offre de recherche et les moyens techniques de la recherche, notamment les dispositifs expérimentaux et l’observation de long terme.

Comment vous êtes-vous organisés ?

Nous avons retenu dans un premier temps quatre thématiques prioritaires sur lesquelles concentrer nos efforts : le comportement des contaminants dans l’environnement, l’impact du changement climatique, la mise en œuvre de la DCE et de la réglementation, et enfin l’évaluation des services écosystémiques. Nous avons déjà lancé deux séminaires, le premier sur les médicaments et le second sur l’impact du changement climatique, qui ont réuni des scientifiques et des acteurs de la gestion durable des eaux. C’est une première étape qui sera suivie d’actions concrètes en matière d’incitation à la recherche, de surveillance et de réhabilitation des milieux. Nous soutiendrons également des rencontres scientifiques internationales tel le colloque sur l’ingénierie écologique qui aura lieu en décembre prochain à Paris.

Vous êtes un spécialiste d’écologie terrestre, le monde de l’eau est-il très différent ?

Au-delà de mes compétences en écologie c’est mon expérience dans le domaine de la programmation de la recherche qui a intéressé l’Onema, ainsi que mon implication dans les questions d’ingénierie écologique et de recherche expérimentale en écologie. Je découvre que le secteur de la recherche finalisée sur l’eau dispose d’une véritable capacité à poser des questions générales, transversales, qui sont utiles à l’ensemble des environnementalistes. J’apprécie aussi l’habitude du dialogue entre chercheurs et acteurs du monde de l’eau, au niveau national comme européen. Cela est tout à fait exemplaire et devrait inspirer utilement tout le secteur des sciences de l’environnement. Qu’il s’agisse du milieu aquatique ou du milieu terrestre, il est important de disposer des éléments de compréhension qui permettent d’anticiper sur les évolutions de l’environnement et d’innover dans l’action : derrière la diversité des situations, les grandes logiques écologiques sont les mêmes, les frontières s’estompent, c’est du moins ma conviction.

 
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