Accueil >> Quand les marais s’ouvrent aux civelles dans l’estuaire de la Charente



QUAND LES MARAIS S'OUVRENT AUX CIVELLES DANS L'ESTUAIRE DE LA CHARENTE

Le franchissement des ouvrages, une première condition pour préserver l’anguille

L’Onema a conduit une étude sur l’estuaire charentais pour améliorer la libre circulation des jeunes anguilles. Une action nécessaire pour cette espèce ainsi que pour d’autres afin qu’elles accèdent aux zones humides et cours d’eau, favorables à leurs croissances.

L’accès de l’anguille aux eaux continentales et aux zones humides littorales est important pour la restauration de l’espèce. Or, lors de la montaison hivernale, les civelles sont bloquées par les premiers ouvrages estuariens qui empêchent l’eau de mer de trop pénétrer dans les territoires amont gérés en eau douce (marais, canaux). Dans le cadre du « plan national de gestion Anguille », un volet du programme de R&D visait à restaurer la libre circulation sur ces premiers ouvrages. Entre 2009 et 2013, une expérimentation a été menée sur l’estuaire de la Charente et a associé différents partenaires : Onema, Irstea,UNIMA [1], Conseil général, EPTB Charente et Fédérations de Pêche.

 En images
Porte à flôts sur l’estuaire de la Charente

 

Anguille - Photo Sébastien Manné Onema

 

Retour sur les présentations du colloque :"Quand gestion hydraulique rime avec continuité écologique dans les zones humides littorales"

 

Retour sur les présentations du séminaire R&D anguille 2009

 

 A propos des migrateurs

Retrouvez :

  •  Les pages dédiées : Poissons migrateurs ou amphihalins & restauration des cours d’eau
  •  Le fascicule Rencontres de l’Onema qui restitue les résultats du programme R&D sur la restauration des stocks d’anguille : Quelles solutions pour optimiser la conception et la gestion des ouvrages
  • Favoriser une admission continue d’eau de mer

    Deux sites de l’estuaire charentais, comportant notamment des doubles portes à flots, ont été proposés par l’Unima et le conseil général : le canal de Charras et l’écluse de Biard. Sur le premier, une cale en bois de 10 cm a été installée pour maintenir les portes entrebaillées, et sur le deuxième, une échancrure sur une des portes a été réalisée, afin de permettre l’admission régulière d’un volume limitée d’eau salée. « Le flux d’eau douce sortant ayant une vitesse trop importante pour autoriser le franchissement de l’obstacle, les civelles s’accumulent devant les portes à flots 1h30 à 2h avant la pleine mer. Dès que l’inversion du courant se produit, les jeunes anguilles, portées par la marée, passent l’ouvrage, d’où l’importance de laisser en continu l’eau de mer entrer », explique Philippe Baran de l’Onema. Mais plusieurs contraintes sont toutefois à prendre en compte : le risque de débordement, le problème de salinité des eaux et enfin le transfert de matières en suspension.

    47 campagnes de mesure, de jour comme de nuit

    Afin de s’assurer de l’efficacité de ces dispositifs, l’Onema et l’Irstea ont défini pendant plus d’un an les méthodes de capture des civelles. « Il a fallu trouver des systèmes de piégeage, le plus souvent, en s’inspirant des techniques des pêcheurs de civelles et notamment des braconniers… », indique Alain Alric de l’Onema. Une fois le protocole validé, 47 campagnes de mesure ont été organisées (32 marées suivies sur Charras, et 15 sur Biard). « Pilotées par l’Onema, ces campagnes étaient assez difficiles car réalisées de jour comme de nuit, et ont mobilisé des équipes de 7 à 8 personnes, constituées par les personnels de l’Onema (pôle écohydraulique, Délégation interrégionale, service départemental), et ceux du conseil général, de l’Unima, des Fédérations de Pêche et de l’EPTB », ajoute Alain Alric. Ce suivi a fourni des précisions sur la cinétique de passage des civelles ainsi que sur leur comportement (passage majoritaire de nuit et par le fond).

     

    Un accès facilité aux zones humides avoisinantes

    Au final, environ 10 % des civelles franchissent ces ouvrages, ce qui assure malgré tout des passages saisonniers de plusieurs dizaines de kilos. D’autres espèces comme les crevettes, les lamproies, les épinochettes ou encore les groseilles de mer en profitent également pour rejoindre les zones humides avoisinantes. En outre, ces résultats, complétés par d’autres issus d’expérimentations similaires menées parallèlement en France, seront compilés dans un guide. Réalisé par le Grisam [2] et l’Onema, il « présentera la diversité des techniques déployées, ainsi que les contraintes et paramètres des différents sites », souligne Christian Rigaud de l’Irstea, « le but étant d’aider les gestionnaires à s’orienter vers la solution la plus adaptée ».

    [1] Union des marais de la Charente-Maritime

    [2] Gis Poissons migrateurs amphihalins